Extraits / Excerpts
Abendständchen für Flöte solo - Franziska Badertscher
Joseph LAUBER: Feux follets, Op. 47, No. 3 – Șerban NICHIFOR: Invocatio – Liana ALEXANDRA: Sonata No. 2 – Roger BOURDIN: La Chanson de Pan – Claude DEBUSSY: Syrinx, L. 129 – Kazuo FUKUSHIMA: Mei – Katherine HOOVER: Kokopeli – Marin MARAIS: Les Folies d’Espagne – Ruth SCHONTHAL: Theme and Variations – Francis POULENC: Un joueur de flûte berce les ruines, FP 114
Franziska Badertscher, flûte.
https://franziskabadertscher.ch/
La flûte magique !
La flûte est un instrument magique. Le fait qu’un son retentit lorsqu’on frappe ou frotte un objet est évident ; c’est une expérience quotidienne que tout le monde connaît. Mais ce n’est pas le cas avec la flûte : tout ce qui entre en jeu, c’est l’air. Et comme on peut percevoir l’air sans le voir, il est d’emblée associé à l’irréel, au magique. Ce côté magique, supposé immatériel – métaphysique –, nous entoure et nous imprègne tout au long de notre vie, depuis le début – lorsque « le souffle de vie » nous est insufflé – jusqu’à la fin, lorsque nous ressentons « le souffle de la mort ».
Le dieu des bergers, Pan, en a lui aussi fait l’expérience : après que sa bien-aimée, une naïade nommée Syrinx, se fut transformée en roseau pour échapper à son poursuivant, le vent chanta si joliment à travers les roseaux que Pan en coupa un pour en faire sa flûte. Il pouvait désormais « insuffler la vie » à sa bien-aimée – une histoire pour le moins discutable aux yeux des féministes, car elle commence par un acte de violence – le fait de couper le roseau et de l’arracher à son environnement social – et se termine par un fantasme masculin classique : celui selon lequel une femme ne s’éveille véritablement à la vie que lorsqu’un homme « joue » d’elle…
Dans bon nombre des morceaux que nous aurons le plaisir d’entendre ce soir, le thème de la flûte en tant qu’instrument « magique » occupe une place centrale. Ce voyage à travers le jardin enchanté commence avec « Irrlichtern » (Feux follets) de Joseph Lauber, qui nous (dé-)tourne du romantisme tardif vers une époque plus récente. Chez Nichifor, nous arrivons à un lieu de recueillement et de réflexion, tandis que chez son épouse Alexandra, nous découvrons une palette débridée d’émotions les plus diverses, à l’instar de ce que l’on retrouve plus tard chez Hoover, dont « Kokopeli » – nom d’une variante préhistorique hopi du dieu Pan – résonne comme un panoptique des possibilités offertes par la flûte.
Bourdin et Fukushima s’essaient eux aussi à la magie du mystique, Fukushima s’inspirant, comme on pouvait s’y attendre, de la riche histoire de l’art japonais du shakuhachi. Telles une rétrospective contemplative, les « Folies d’Espagne » de Marais nous rappellent que l’errance imaginative dans le labyrinthe musical était déjà possible à l’époque baroque.
Schonthal a créé une catégorie à part avec ses « Variations ». La compositrice avait intitulé un autre cycle de variations « Variations in Search for a Theme » – « Variations à la recherche d’un thème ». Il s’agit là – outre un titre magnifique – d’un véritable guide d’écoute : commençons notre quête avec Lauber, faisons ensuite une pause avec Nichifor, puis laissons-nous emporter par toutes ces aventures qui, dans le jardin enchanté de la flûte, nous enveloppent, nous séduisent, nous agitent, nous déstabilisent, nous comblent de bonheur – et peut-être y trouverons-nous notre propre thème…
Il n’est pas nécessaire ici de rappeler, de louer ou d’admirer le fait qu’un concert pour un seul instrument représente un défi non seulement pour les compositrices et compositeurs ainsi que pour les interprètes, mais aussi pour le public. Une chose est en tout cas claire : non seulement la flûte est un instrument magique, mais celles et ceux qui en jouent doivent également disposer de pouvoirs magiques.
David Wohnlich
Franziska Badertscher s’investit aussi bien dans le répertoire classique de la flûte que dans la musique contemporaine et expérimentale. Elle pratique l’improvisation libre et aime explorer de nouveaux horizons grâce à ses idées souvent surprenantes.
Dans ses concerts d’atelier, Franziska Badertscher établit de nouveaux liens entre les diverses formes d’expression artistique et les relie entre elles. Sa création est marquée par un esprit de recherche et par la volonté de prendre des risques. La musique de chambre est au cœur de son travail. Elle joue au sein de différentes formations fixes et de nombreuses formations variables.
L’artiste s’engage tout particulièrement en faveur de la création musicale suisse et de la musique contemporaine, notamment à travers la création d’œuvres de musique de chambre des compositeurs David Wohnlich, Robert Suter, René Gerber, Meinrad Schütter et John Frith. Bon nombre de ces compositions ont été dédiées à Franziska Badertscher.
Le nom de Franziska Badertscher figure également sur les affiches de spectacles de chanson et de cabaret ; lors du carnaval de Bâle, on peut l’entrevoir, voire l’apercevoir, sous un masque, alors qu’elle défile dans les ruelles au son de marches composées spécialement pour elle.
Flûte, improvisation, cabaret, carnaval, chansons – autant d’étiquettes qui restreignent et limitent, et que Franziska Badertscher redessine pour les apposer dans des contextes toujours inattendus.
Formation :
Diplôme de concert auprès de Conrad Klemm, Conservatoire supérieur de musique de Winterthour
Master en improvisation, Conservatoire supérieur de musique de Bâle
Diplôme d’enseignement auprès de Kiyoshi Kasai à Bâle (SMPV)
Cours de maître avec Maxence Larrieu, Trevor Wye et Robert Dick
Séjour d’études auprès de Robert Dick à New York
Atelier avec la compositrice Pauline Oliveros
Cours post-diplôme en improvisation libre, Conservatoire supérieur de musique de Bâle
Formation vocale auprès de Barbara Martig-Tüller, Berne
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