Mendelssohn: Variations concertantes – Cello Sonata No. 1 & No. 2 – Lied ohne Worte – Rolf Looser – Brigitte Meyer
30-124
Felix MENDELSSOHN : Variations concertantes, Op. 17, MWV Q19: I. Thema – II. Variation I – III. Variation II – IV. Più vivace Variation – V. Allegro con fuoco Variation – VI. L’istesso tempo Variation I – VII. L’istesso tempo Variation II – VIII. Presto ed agitato Variation – IX. Tempo I. Coda. Più animato – Cello Sonata No. 1, in B-Flat Major, Op, 45, MWV Q27: I. Allegro vivace – II. Andante – III. Allegro assai – Cello Sonata No. 2 in D Major, Op. 58, MWV Q32: I. Allegro assai vivace – II. Allegro scherzando – III. Adagio – IV. Molto Allegro e vivace – Lied ohne Worte, Op. 109, MWV Q34
Rolf Looser, violoncelle
Brigitte Meyer, piano
Il faut faire justice de certains préjugés à l’endroit de Mendelssohn. Sa musique, entend-on, serait l’expression même d’une vie heureuse, aisée, sans problème. Or, cette existence ne fut heureuse qu’en apparence, et si Mendelssohn appartient à l’ère romantique, il n’empêche qu’il servit l’idéal classique.
Vie heureuse d’un brillant juif allemand, doué non seulement pour la musique, mais aussi pour la peinture, la philosophie… cela n’inspire guère les biographes. Mais il est exagéré de dire que la vie de Mendelssohn fut sans nuage. Cet hypersensible traversa de graves crises. La dernière, à la mort de sa sœur en 1847, lui coûta la vie. Pourtant, il était marié depuis dix ans avec Cécile Jeanrenaud, la fille d’un pasteur neuchâtelois, il avait quatre enfants et entretenait une flamme pour une cantatrice, Jenny Lind. Quel mystère cache donc ce désespoir mortel ? Sur le plan physique, il connut également des épreuves : longue paralysie au genou, choléra… Enfin, sa carrière ne fut pas une suite ininterrompue de succès : son unique opéra, Les Noces de Gamache, fut un échec, et il fut mortifié de ne pouvoir succéder à son professeur Zelter à la Singakademie de Berlin. Il passa par des périodes de dépression qui succédaient inévitablement à une intense activité. Lorsqu’on ne voit dans son existence que voyages, réceptions, promenades à cheval, concerts de salon, fêtes, musique en famille, congratulations et aimables conversations, on oublie l’énergie dont il fit preuve en tant que chef, pianiste, compositeur et administrateur. Il fit de Leipzig le centre musical de l’Europe, se battit pour des rétributions convenables aux musiciens de l’Orchestre du Gewandhaus, dirigea de nombreuses œuvres nouvelles — parmi ses titres de gloire figurent la première exhumation de la Passion selon saint Matthieu de Bach, et la création de la Neuvième Symphonie de Schubert, jugée injouable partout ailleurs. En outre, il écrivit 121 opus, sans compter les œuvres inédites, ne vivant que deux ans de plus que Mozart.
Mendelssohn continua à professer un idéal classique, en opposition aux « musiciens de l’avenir » comme Liszt ou Wagner, dont il disait : « La musique, selon eux, telle que les nécessités du progrès l’exigent, doit s’élever à la hauteur d’une science, représenter psychologiquement les personnages et les événements. Pour moi, un musicien n’a pas à exprimer des idées pures, mais il doit combiner harmonieusement des notes : on ne doit pas demander à la musique ce que fournissent les livres. » Cette attitude, jugée « bourgeoise » par les wagnériens, a valu à Mendelssohn une certaine désapprobation pendant près d’un siècle. Pourtant, aujourd’hui, on considère que Mendelssohn préfigurait l’attitude moderne du respect pour la musique des grands maîtres antérieurs : sans les imiter, il a remis à l’honneur Bach, Haendel, Haydn, et Mozart, à une époque où un Hummel passait pour classique. On ne peut que rendre hommage à cet ennemi de tout système, qui affirmait : « J’aime à traiter la musique sérieusement. Je ne me crois pas permis de composer quoi que ce soit sans être entièrement pénétré de mon sujet. Il me semble que ce serait une espèce de mensonge. » Même Wagner le décrivait comme « le plus grand musicien spécifique depuis Mozart. »
Première intégrale
Dans l’œuvre de Mendelssohn, les compositions pour violoncelle et piano sont elles-mêmes méconnues : cet enregistrement intégral est le premier à paraître. Il comble une grave lacune, car il s’agit sans aucun doute de chefs-d’œuvre, et même d’un sommet dans tout le répertoire du violoncelle. Ce recueil met de plus l’accent sur l’évolution de Mendelssohn, de la sortie de l’adolescence à la maturité. Il est heureux que cette première intégrale discographique vienne de Suisse, le pays préféré de Mendelssohn.
C’est pour son frère cadet, Paul, violoncelliste, que Mendelssohn écrivit les Huit Variations concertantes, en 1828. Musique profondément allemande, qui révèle tout le tempérament de l’auteur de l’ouverture du Songe d’une nuit d’été. Le violoncelle a une partie intéressante par sa transparence, son incisivité et son lyrisme. Mais comme souvent dans ses sonates, Mendelssohn s’est réservé la part du lion au piano.
Dix ans plus tard, Mendelssohn publie sa Sonate n°1, en trois mouvements. L’Allegro vivace est typique de son généreux lyrisme, tandis que le mouvement central a plutôt l’allure d’un mélancolique scherzo que d’un morceau lent. C’est le caractère le plus original du style mendelssohnien. L’expansivité de l’Allegro assai conclut l’œuvre brillamment.
En 1843 paraît la Sonate n°2, dont le romantisme élégiaque ou enthousiaste anime l’Allegro initial. Le second mouvement, d’une légèreté scherzando, est une illumination dont Mendelssohn avait le secret. L’Adagio exprime une ferveur naïve, dans l’esprit de Novalis. Étincelant, primesautier, plein de charme et de fantaisie, le Finale rappelle certaines pages virtuoses des concertos, mais la sûreté des effets est toujours au service d’un profond sentiment musical.
La Romance sans paroles op. 109 (1845) couronne à la fois l’œuvre pour violoncelle et piano et les recueils de 49 morceaux du même nom que Mendelssohn dédia au piano : transpositions typiquement allemandes du lied, condensant des impressions intimes et délicates, qui forment un petit poème musical d’une lumineuse expression.









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